"Des jouets d’adultes. Du jeu au jouet il n’y a qu’un pas pour arriver au rituel. Je les vois comme des minuscules sculptures articulées, qui tiennent de la maison de poupée."Paulo Henriques
Mon univers figuratif m'a conduit à le transposer en poupées articulées.
Depuis 5 ans j’ai décidé d’engager mon travail dans une voie généralement qualifiée «d’art brut ». J'ai vécu avec bonheur en Angola jusqu’à l’âge de 7 ans puis j’ai du aller au Portugal. J’ai découvert dans le Nord du pays des traditions populaires et des rites et pratiques chamaniques encore vivaces pour qui y a accès.
Je voudrais transformer cette foison de personnages en poupées chamaniques. Des jouets d’adultes. Du jeu au jouet il n’y a qu’un pas pour arriver au rituel. Je les vois comme des minuscules sculptures articulées, qui tiennent de la maison de poupée. Comme des comédiens et figurants d’un théâtre en miniature ! Je serais à la fois l’auteur, le scénographe et le metteur en scène de tous ces êtres. Je pense que l’art n’a pas de sens s’il perd la spiritualité et la contestation. C’est pour cela que je les souhaiterais «chamaniques ».
Ces poupées je les imagine faites de tous matériaux. Les matériaux que j’utilise sont souvent du papier (une base pour retravailler la matière) avec des matériaux de pénurie, de récupération. Elles mesureront quelques centimètres, elles seront incrustées de coquillages, de métal récupéré, de tissus, de laine, de l’argile, etc.
Il y en aura une pour chaque jour de l’année, chaque saint ou démon aura la sienne (j’ai travaillé la mode, et comme comédien j’ai fabriqué des marionnettes donc je ne découvre pas le travail de la matière). Elles seront probablement parfois joyeuses, parfois horribles, repoussantes et terrorisantes.
Surtout il faudra les mettre en scène, et c’est la que j’aurai besoin de temps et d’espace ; il faudra qu’elles participent à des rites. La photographie et la vidéo entreront en jeu pour donner à ce projet un caractère évolutif, pour pouvoir figer des images, voir les «mise-en-scènes »…
Un séjour de six mois dans le Nord du Portugal me permettrait de louer un atelier digne de ce nom, d’avoir accès à quantité de matériaux peu chers, aux archives et à l’esthétique du folklore local et de me plonger dans une tradition vivante, dont mon travail s’inspirerait et dont il se fera l’interprète décalé, finalement égoïste et personnel.João Paulo Henriques